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A l'époque où eut lieu la curieuse expédition franco-normande aux Canaries, au début du 15ème siècle, les informations concernant les Iles étaient surtout concentrées à Séville, et se limitaient à ce que l'on nommait le " Livre de la Connaissance ", et à l'ouvrage " De la Canarie ", dont l'auteur était Bocaccio.
Voici un extrait significatif du " Livre de la Connaissance " :
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"... Je suis monté sur un bateau avec quelques Maures et nous sommes arrivés à la première île qu'ils appellent gresa, et après celle-ci, il y a l'île de lançarote, et ils l'appellent ainsi parce que les gens de cette île ont tué un Gênois qu'ils nommaient lançarote, et, après, je me suis rendu à une autre île qu'ils appellent bezimarin et à une autre qu'ils appellent Racham. Et puis, à une autre qu'ils appellent alegrança et à une autre qu'ils appellent Uegimar et à une autre qu'ils appellent forte ventura et à une autre qu'ils appellent canaria, et je suis allé à une autre qu'ils appellent tenerefiz et à une autre qu'ils appellent l'île de l'enfer... ".
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C'est un livre singulier, rédigé, selon divers chercheurs, par un franciscain sévillan, vers 1350.
Ces informations furent complétées par les apports des voyages génois et suite à l'octroi de la Principauté de la Fortune à Luis de la Cerda, moyennant la Bulle de Clément VI, le 15 novembre 1344. Le contenu de la Bulle ainsi que ses renseignements cartographiques nous font penser qu'il s'agissait d'une concession sur un territoire fictif et, en grande mesure, inconnu.
Néanmoins, la documentation portant sur la vente et le trafic d'esclaves indigènes canariens, disponible en Europe depuis 1342, serait certainement plus significative. En effet, dans de nombreux textes, il était fait mention de " ... de nacione canariorum (1393) / ... sive nationis de Canaris... (1409) ".
L'expédition normande aux Canaries, tel que le reflètent très bien les études de Serra Rafols et de Cioranescu, qui furent d'ailleurs incorporés en grande partie aux travaux postérieurs (notamment de Tejera Gaspar), put être déclenchée par toute une série de coïncidences :
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La situation difficile qui régnait en Normandie et dans les régions du Nord-Ouest français, soumises à la pression anglophile et orléaniste bourbonienne à propos de leur contrôle. La position de la noblesse y serait extrêmement compliquée au cours du 14ème et du 15ème siècles.
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La présence, à la Cour de Castille, d'une personne à nom normand, Robin de Braquemont, apparenté à Jean de Béthencourt, et qui exerçait une forte influence à cette Cour. Il semble que cette emprise eut certains effets sur le projet de Béthencourt et sur la prestation de l'hommage rendu à Séville.
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Le " schisme papal ", avec le Pape Luna, espagnol, à Avignon, sous la surveillance de troupes menées par Robin de Béthencourt. Ce fait aurait une incidence considérable sur l'octroi de la Bulle papale du 7 juillet 1404.
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Le besoin qu'avait la Castille de contrôler les routes africaines, lors d'un proche conflit avec le Portugal. En fait, cette nécessité était plus théorique que réelle, vu les limitations des Castillans pour entreprendre, officiellement, telle aventure.
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Les conditions économiques et juridiques qui entouraient Jean de Béthencourt. En effet, celui-ci était accablé par les litiges et les dettes. Dans ce contexte, une expédition de la sorte lui permettrait de créer un " royaume " et de s'emparer des richesses fabuleuses décrites dans les histoires de l'époque, notamment de l' "orseille ", qui serait d'ailleurs à l'origine de nom de " Iles Purpurines " données aux îles occupées par les Normands. C'était un produit d'une grande valeur sur les marchés européens de l'époque en général, et particulièrement précieux pour les usines textiles de Normandie.
Voici la chronologie succincte de la présence franco-normande:
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1402 :L'expédition commandée par Jean de Béthencourt et Gadifer de la Salle quitte La Rochelle.
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1403 : Béthencourt se rend à Séville pour rendre hommage au Monarque castillan.
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1404 : Clément VI octroie, de par une Bulle papale, la condition de " Ville " au camp de San Marcial du Rubicon et nomme son Eglise Cathédrale de l'Evêché des Canaries.
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1403-1405 : Conflits et tensions importantes entre les deux dirigeants. De la Salle retourne en France.
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1406-1412 : Béthencourt reste aux Canaries et crée, dans la pratique, un système politique et administratif similaire à un " royaume " : il frappe la monnaie, perçoit des impôts, mène la guerre...
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1412-1420 : Après maintes vicissitudes, Béthencourt regagne ses territoires en Normandie, laissant sur place Maciotte, son neveu, en qualité de représentant.
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1420 : Maciotte vend les droits de son oncle à la famille Las Casas, d'origine française (Cassaus), et établie à Séville.
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Ce qui est connu sous le nom de " domaine normand " devient, à partir de 1420, un " domaine castillan ", soumis, de même que le reste des îles, à une forte pression de la part des Castillans et des Portugais à propos des droits de leur conquête et de leur occupation.
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